François Briançon, candidat "La Gauche Unie" à la mairie de Toulouse, en campagne le 11 mars 2026 ( AFP / Ed JONES )
Sur les terres de Jaurès, le mystère de l'union des gauches demeure intact à deux jours du premier tour des municipales toulousaines, seule condition pour déboulonner le maire divers droite, Jean-Luc Moudenc.
Tous les drapeaux flottaient cette semaine au dernier meeting de campagne de la gauche, tous sauf celui des Insoumis.
Dans toutes les bouches, on se targuait d'avoir réussi à unir onze organisations de gauche derrière la tête de liste socialiste François Briançon.
Mais pas un mot sur LFI et son candidat François Piquemal sans lequel aucune victoire possible de la gauche au Capitole, où le buste de pierre de Jean Jaurès, figure tutélaire qui y fut adjoint au maire avant de devenir député de Carmaux (Tarn), accueille les visiteurs au pied de son grand escalier.
Bien qu'absente au meeting, la très influente Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, était dans tous les esprits: elle s'est résolument opposée à toute alliance avec le parti mélenchoniste, qualifiée de "déshonneur" après les propos de son leader accusé d'antisémitisme après avoir ironisé sur la prononciation du nom du criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Mais dans la ville rose dirigée par la droite depuis 2014, les sondages laissent penser que la gauche toulousaine ne pourra détrôner le maire sortant Jean-Luc Moudenc, en tête au premier tour dans les intentions de vote, qu'en cas de fusion au second tour entre les listes Briançon et Piquemal.
- "Le seul chemin" -
"L'union, c'est le seul chemin pour battre la droite", plaide le candidat et député LFI, qui "veut l'union et fera tout pour l'union".
Le maire sortant de Toulouse et candidat à sa réélection, Jean-Luc Moudenc (droite), en campagne le 12 mars 2026 ( AFP / Ed JONES )
"Epstein Epstine, les gens ne parlent pas de ça", dit-il à l'AFP, les électeurs "veulent savoir ce qu'on propose" et "disent de faire l'union au second tour".
Le candidat François Briançon "a demandé des clarifications" au candidat LFI mais "on verra ce que l'on fera" à l'issue du premier tour, a-t-il confié jeudi, sans exclure un possible rassemblement.
A son côté, Carole Delga a réitéré son veto alors que le bureau national du PS a envisagé du "cas par cas".
Dans une métropole à la démographie galopante, bientôt troisième ville de France, l'enjeu de ces municipales est déjà national pour le candidat et patron de la fédération PS de Haute-Garonne.
"A l'approche de la présidentielle 2027, nous devons entrer en résistance pour empêcher l'inacceptable", a scandé M. Briançon devant quelque 1.500 sympathisants, "et quoi de mieux qu'une grande ville de gauche et écologiste pour mener ce combat" et devenir un "refuge contre l'extrême droite".
Car si M. Briançon ne soupçonne pas M. Moudenc "de vouloir faire alliance" avec l'extrême droite, l'édile pourrait, selon lui, "lui servir de marche-pied".
Selon un récent article de Médiacités, également publié par Mediapart, le candidat à sa réélection aurait aidé Reconquête! à trouver des candidats aux municipales afin d'affaiblir la liste RN, ce que M. Moudenc nie catégoriquement.
- "Un phare pour la France" -
Alors que Toulouse vote à gauche aux élections nationales, régionales et départementales, la mairie a paradoxalement toujours été tenue par la droite, à l'exception d'un seul maire PS, Pierre Cohen, en un demi-siècle.
François Piquemal (d), candidat La France insoumise (LFI) à la mairie de Toulouse, en campagne au côté de Jean-Luc Mélenchon, le 22 janvier 2026 ( AFP / Ed JONES )
Pour le finaliste malheureux de 2020, l'écologiste Antoine Maurice, "l’unité des gauches s’inscrit dans notre ville depuis plus d'un siècle et demi. Du radicalisme municipal au socialisme de Jaurès, de la mémoire des républicains espagnols (...) jusqu’à l’écologie politique aujourd’hui".
"Faites en sorte que Toulouse soit un phare pour ce pays" dans le combat contre l'extrême droite et "l'internationale réactionnaire", a scandé Olivier Faure, le patron du PS, au dernier meeting de la gauche.
"Toulouse, tu n'es pas seulement la capitale de l'aéronautique et de la recherche, tu t'es façonnée par l'engagement citoyen, par tes universités où même Jaurès enseigna... alors Toulouse, résiste !", a-t-il exhorté.
Pour M. Moudenc, qui brigue son troisième mandat, "le risque" d'une alliance de toutes les gauches, "c’est la mélenchonisation de la ville".
"Quelle que soit l'identité du François qui, dans cette hypothèse funeste, dirigerait la municipalité, je considère que c'est une situation qui serait gravement préjudiciable à Toulouse", a déclaré l'ancien membre du parti Les Républicains, fustigeant "le défilé des leaders nationaux" venus "instrumentaliser" les électeurs.

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